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Le Téléphérique Des Glaciers

Le téléphérique des Glaciers

Qui ne connaît pas le Mont Blanc, point culminant du continent européen ? Certains tentent d'atteindre son sommet, beaucoup se contentent de l'admirer... Une tâche pas si aisée !

Car quelque soit l'endroit où vous vous trouvez dans les Alpes, il est difficile d'avoir un panorama d'ensemble sur le massif du Mont Blanc. De Chamonix, votre vue est limitée par les parois rocheuses qui s'élèvent telles les remparts d'une forteresse, obstruant la vision du reste du massif. Il vous faut atteindre le sommet de l'Aiguille du Midi, à plus de 3800 mètres d'altitude, pour pouvoir contempler à votre aise le Mont Blanc. Si vous pouvez maintenant y accéder en quelques dizaines de minutes par le téléphérique de la Vallée Blanche, c'est grâce au travail acharné de quelques personnes qui émirent l'idée de raccourcir la route menant au Mont Blanc.

Voici l'histoire, pleine de péripéties, du premier téléphérique qui n'atteignit jamais l'Aiguille du Midi mais ouvrit la voie à son successeur, qu'aujourd'hui des milliers de touristes utilisent chaque année. De cette aventure qui dura une cinquantaine d'années, il ne reste que quelques vestiges enfouis au milieu des sapins au-dessus du village des Pèlerins ou dans les rochers du Col du Midi.

Les débuts de la construction

Au début du XXème siècle, Chamonix n'était encore qu'un village de montagne. Le ski n'était pas encore devenu le divertissement populaire qu'il est aujourd'hui. Mais à l'époque, les premiers adeptes d'alpinisme utilisaient déjà le village comme point de départ de « la route du Mont Blanc ».

L'idée est alors lancée de raccourcir cette route depuis Chamonix en construisant un téléphérique aérien jusqu'au sommet de l'Aiguille du Midi. Un groupe d'experts se constitue en Suisse et en France. Ils n'avaient aucune idée de l'ampleur des difficultés qui les attendaient en raison des moyens techniques dont ils disposaient à l'époque.

Un accord est signé entre la commune de Chamonix, propriétaire des terres, et la Société du Funiculaire Aérien de l'Aiguille du Midi-Mont Blanc, et les travaux débutent le 2 juin 1910. Le point de départ est fixé à 2 km en aval de Chamonix, au village des Pèlerins, et la gare est construite. Les travaux avancent, mais la Première Guerre Mondiale éclate et tout est interrompu. Après la guerre, Marc Eugster, principal actionnaire de la société, est en grande partie ruiné suite à de mauvais investissements. Une nouvelle société est créée en 1922, la Société Française des Chemins de Fer de Montagne - Réseau Aiguille du Midi-Mont Blanc. Les travaux reprennent enfin, avec l'appui d'un célèbre astronome et géographe de l'époque, Joseph Vallot. Douze ans se sont écoulés et aucune liaison n'est encore établie.

Les premières installations

En 1924, grâce à la tenue des premiers Jeux Olympiques d'hiver, à Chamonix, les travaux s'accélèrent. La forêt des Pèlerins, où passe le premier tronçon, est choisie pour la construction d'une piste de bobsleigh. La gare intermédiaire est construite à 1685 mètres, à la Para, et est opérationnelle à temps pour les Jeux. Les moyens de l'époque ne permettent pas de fabriquer un câble de 1800 mètres en un seul tenant, alors une solution ingénieuse est trouvée : un double pylône relié par un rail de 15 mètres est construit, permettant d'utiliser des câbles plus courts.

En août 1927, le second tronçon est ouvert au public. Il relie la gare de la Para à la gare des Glaciers, à 2414 mètres. Bien qu'il s'arrête encore au pied de l'Aiguille du Midi, le téléphérique prend alors provisoirement le titre de plus haute remontée mécanique du monde. Mais le projet connait bientôt un nouveau revers : en 1933, la société, en grosses difficultés financières, déclare faillite et vend le matériel et l'installation aux enchères. En 1936, elle trouve enfin acquéreur et une troisième société voit le jour : la Compagnie Française des Funiculaires de Montagne. Pendant plusieurs années, cette compagnie utilise l'infrastructure déjà installée, et le bilan d'exploitation bascule enfin en positif en 1937.

La fin d'un rêve

Les plans du téléphérique sont modifiés : il est décidé de relier la gare des Glaciers au Col du Midi, à 3600 mètres d'altitude au lieu du sommet de l'Aiguille du Midi. Les travaux de construction du troisième tronçon commencent, avec l'aide de l'État et des autorités locales. Hélas, éclate la Seconde Guerre Mondiale. Cela fait déjà vingt sept ans que les travaux ont démarré, et le projet n'a toujours pas totalement abouti.

Après la guerre, ces travaux ne seront pas une priorité dans cette France en pleine reconstruction, et en 1949 un nouveau projet de téléphérique reliant directement Chamonix à l'Aiguille du Midi voit le jour. En 1950, le téléphérique des Glaciers est officiellement abandonné et cède la place à celui que nous connaissons actuellement, le téléphérique de l'Aiguille du Midi. Grâce à une technologie plus moderne et des investissements financiers colossaux, ce nouveau projet sera bouclé en cinq ans.

Lors de vos prochaines vacances ski dans les Alpes, faites un petit détour par le Col du Midi ou vers la Para. En plus d'être de belles destinations pour une promenade en ski de fond ou en raquettes, vous y trouverez les ruines de ce téléphérique, encore accrochées à flanc de montagne.