Le ski français ne serait pas ce qu'il est si Émile Allais n'y avait pas apporté sa contribution. Ce passionné de montagne a révolutionné le monde de la glisse, tant au niveau de la technique, en créant une méthode de ski à la française, qu'à celui des stations de ski, en concevant des structures novatrices pour toujours plus de plaisir et de performance.
Émile Allais est né en 1912 à Megève, commune de Haute-Savoie dans les Alpes. Très vite attiré par la glisse, le petit Émile n'a aucun équipement : c'est un menuisier du village qui lui fabrique ses premiers skis. Il invente un système de courroies pour tenir ses chaussures, puis utilise les charnières d'un vieux placard et élabore ainsi ses premières fixations.
La famille Rothschild s'intéresse de près à la région et ambitionne d'y bâtir une concurrente française à la station de Suisse Saint-Moritz qui symboliserait l'art de vivre à la française. Un hôtel voit ainsi le jour à Megève en 1926, et le jeune Émile Allais est porteur de sac pour les premiers clients de l'hôtel. Un moniteur autrichien lui apprend alors la technique pour tourner à skis. Il ne quittera plus jamais les skis !
Pour son service militaire, Émile Allais s'engage dans les chasseurs alpins et sert dans les skieurs-éclaireurs. Il peut ainsi continuer sa passion et skier durant tout l'hiver. Repéré par la Fédération française de ski, il participe à Saint-Moritz à sa première course internationale. Il obtient en 1935 sa première médaille (d'argent) en descente, lors du championnat du monde à Mürren (en Suisse), devenant ainsi le premier français médaillé dans cette discipline. A partir de là, les succès s'enchainent. Il remporte le bronze en combiné aux Jeux Olympiques de 1936, puis de nombreuses autres médailles. Un de ses principaux faits d'armes : son triplé en 1937 aux championnats du monde à Chamonix.
Lors des Jeux Olympiques de Garmisch-Partenkirchen, en 1935, Émile Allais remarque qu'un skieur autrichien, Toni Seelos, n'utilise pas la même technique que les autres : ses skis sont bien parallèles, avec des performances qui semblent supérieures sur les premières pistes damées. Émile Allais intègrera ses remarques deux ans plus tard dans la première méthode française de ski, qui influença des générations de skieurs hexagonaux. La méthode paraît l'année où l'École Nationale du Ski français voit le jour. Le ski autrichien perd alors sa suprématie, supplanté par le ski "à la française". C'est tout naturellement qu'Émile Allais devient moniteur diplômé avec la médaille numéro 1 en décembre 1937.
Après une mobilisation comme chasseur alpin dans le Bataillon de Haute-Montagne de Chamonix durant la Seconde Guerre mondiale, Émile Allais devient directeur technique de l'Ecole Nationale de Ski et d'Alpinisme, qui commence la formation des premières générations de moniteurs de ski.
Émile Allais fut un ardent défenseur de la montagne et n'eut de cesse de faire partager sa passion pour le ski. Il réfléchit sans arrêt à de nouvelles formules pour attirer toujours plus de monde. Après la guerre, il part faire partager son expertise sur le continent américain. Il participe à la création de nombreuses stations, toutes prestigieuses : Squaw Valley et Sun Valley en Californie, Portillo au Chili.
Rentré en France, Émile Allais pose ses bagages à Courchevel, où il est stupéfait d'y trouver des pistes non damées ! Il fait d'abord utiliser une chenille, mais pour réaliser les premiers damages acceptables il fait souder des gros tonneaux avant de finalement utiliser des taquets. Dans les années 60, il mobilisera ses connaissances pour aider au développement de plusieurs stations de ski : Courchevel, où il créera le métier de pisteur secouriste, mais aussi Flaine, Vars et La Plagne. Émile Allais est le plus vieil athlète ayant participé aux jeux encore en vie, et ne rechigne pas à rechausser les skis même à près de 100 ans !
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